Marathon : histoire vécue

« Courir un marathon relève d'une prouesse autant mentale que physique. Au cours d'un marathon, on découvre que l'on est schizophrène. Au bout de 25 kilomètres, vous entendez deux petites voix se disputer dans votre tête. L'une vous dit :
- C'est ridicule. Arrête-toi. Assieds-toi. Abandonne. Prends-toi une bière bien fraîche.
L'autre rétorque :
- Allez. Ne t'arrête pas. Tu peux battre ton record. Ecoute les encouragements de la foule.
Jusqu'ici, c'est toujours la deuxième voix qui a gagné !!! »
Philippe Theys
Responsable QHSE (Qualité, Hygiène, Sécurité et Environnement) Schlumberger
Je n'ai jamais été un athlète consciencieux, mais à 32 ans, j'ai commencé à courir pour m'amuser avec l'équipe des Hash House Harriers. Chaque semaine, je courais avec plusieurs amis dans les dunes et les sabkhas autour de Dubaï, dans les Emirats arabes unis, où je vivais. Huit ans plus tard, j'ai rejoint l'équipe Schlumberger pour la course Holmenkhole lopet, une course de relais autour des collines d'Oslo, en Norvège. Après avoir participé à quelques courses de 20 km, ma fille m'a mis au défi de courir 25 km avec elle. J'ai surenchéri et j'ai couru 30 km ce jour-là. Nous étions en octobre 1994. Le marathon de Houston, qui ne fait « que » 12km de plus, allait avoir lieu en janvier. J'ai commencé à m'entraîner et j'ai découvert que le marathon se composait en fait de deux courses : une course de 32 km d'abord, puis une course de 10 km de difficulté physique similaire. Je n'avais qu'un seul objectif, celui de terminer la course, mais tout en courant, j'ai réalisé que je pouvais battre le temps d'Oprah Winfrey (4 heures 16 minutes) puis, un peu plus tard, que je pouvais même descendre au-dessous du seuil des 4 heures. Et j'y suis parvenu. La sensation de réussite que j'ai ressentie en passant la ligne d'arrivée était grisante.
Comme vous pouvez le constater, je ne rivalise pas avec les gagnants, qui sprintent tout au long de la course et finissent en moins de deux heures et dix minutes à une allure incroyable, inférieure à 3 minutes au kilomètre. Mais cette première course m'a tellement appâté que j'ai couru un marathon par an au cours des sept dernières années. Mon entraînement pour le marathon me permet de parcourir facilement 273 kilomètres à vélo en deux jours pour participer à une course de charité, puis d'abandonner le vélo pour toute l'année suivante.
Peu après mon premier marathon, je me suis demandé pourquoi la distance de la course était si précise (42 km et 195 m). Chaque mètre compte. Philippidès, le messager qui a lancé la tradition du marathon, a couru du champ de bataille de Marathon, un petit village grec, jusqu'à l'Acropole à Athènes pour annoncer la victoire (en grec : Nikè). Mais comment pouvons-nous savoir de quel buisson ou arbre du champ de bataille il est parti ? A quel endroit précis de l'Acropole est-il arrivé (et est mort accidentellement) ? A-t-il pris un raccourci, etc. Il faut se plonger dans l'Histoire pour trouver l'origine de la distance du marathon. Lors des Jeux Olympiques de l'antiquité, les athlètes devaient parcourir une distance de 40 km. Plus tard, les Jeux Olympiques modernes, lancés en 1896, ont conservé la distance de 40 km.
La distance de 42 km et 195 m'a en fait été fixée lors des Jeux Olympiques de 1908 à Londres. La légende raconte que la famille royale britannique souhaitait que le départ soit pour l'occasion donné au château de Windsor afin que les petits-enfants du Roi Edward VII puissent y assister et que la course se termine en face de la loge royale du stade olympique, où se trouvait la Reine Alexandra. Le parcours a donc été allongé pour exaucer ces vœux.
Cette distance a ensuite été précisément mesurée et figée pour les marathons suivants. Dans la tradition malicieuse du marathon, les coureurs, dans un dernier élan de lucidité, sont supposés crier « Vive la Reine » (ou peut-être quelque chose d'un peu moins respectueux) lorsqu'ils passent la barre des 40 km, puisque la distance supplémentaire est un cadeau de la famille royale britannique.
Depuis 1994, j'ai encouragé de nombreux amis et collègues à se lancer dans la merveilleuse aventure du marathon. Je soutiens que (presque) tout le monde peut le faire. Six mois de dévouement et d'entraînement sont nécessaires pour courir un premier marathon, si vous êtes déjà capable de courir 5 kilomètres même à grand peine (demander l'avis de votre médecin). Aujourd'hui, je cours le marathon avec facilité, grâce à la méthode de Jeff Galloway, qui consiste à marcher environ une minute tous les kilomètres et demi, en commençant dès le premier kilomètre et demi. Ceci me permet de courir un marathon en respectant le temps que je me suis imparti.
Une dernière chose : courir un marathon relève d'une prouesse autant mentale que physique. Au cours d'un marathon, on découvre que l'on est schizophrène. Au bout de 25 kilomètres, vous entendez deux petites voix se disputer dans votre tête. L'une vous dit : - C'est ridicule. Arrête-toi. Assieds-toi. Abandonne. Prends-toi une bière bien fraîche. L'autre rétorque : - Allez ! Ne t'arrête pas. Tu peux battre ton record. Ecoute les encouragements de la foule. Jusqu'ici, c'est toujours la deuxième voix qui a gagné !!!


