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Parcours d'un alpiniste amateur
Un seul objectif : atteindre le sommet

Les alpinistes forment une véritable communauté. Si vous survivez à une épopée avec un ami, vous restez liés à vie. J'ai un jour fait la Welsh 3000s Traverse en une seule fois et en plein hiver. Il s'agit de l'une des meilleures courses du Royaume-Uni qui consiste à grimper environ 15 pics de plus de 900 mètres dans le nord du Pays de Galles. Après une ascension continue de 36 heures à une température inférieure à 0 °C, j'ai ressenti le besoin irrésistible de m'arrêter et de dormir un peu, ce qui est un signe classique de l'hypothermie qui peut entraîner la mort. Mon compagnon, un géographe devenu par la suite cartographe, m'a calmement persuadé de poursuivre et nous a orientés dans un brouillard épais, en utilisant un compas de façon étonnamment précise. C'était il y a 35 ans, mais je n'oublierai jamais que je lui dois la vie.

Malgré cette proximité, les alpinistes sont également des gens qui ont un grand besoin de solitude. J'ai fait de la randonnée et de l'alpinisme pendant un mois dans l'ouest du Népal en 1972, avec deux sherpas et quatre porteurs tibétains. Il nous a fallu deux semaines pour atteindre le col Jangla Bangjan et deux semaines de plus pour revenir à la civilisation par une série de cols élevés (environ 5 000 mètres chacun) que personne n'avait empruntés depuis des décennies. Le dernier jour, avant d'atteindre la route, j'ai vu un occidental qui marchait dans ma direction à une certaine distance. Pris de panique, j'ai quitté le chemin et j'ai grimpé à toute vitesse pour ne pas le croiser.

En alpinisme, les efforts sont autant mentaux que physiques. J'ai fait mes premières expéditions d'alpinisme à l'âge de 12 ans, en famille. Notre vénérable guide nous conduisait du village jusqu'au refuge si lentement que j'avais de la peine à caler mon rythme sur le sien. Cependant il ne s'arrêtait jamais et nous avons atteint le refuge, puis le lendemain le sommet sans effort. Lorsqu'il marche d'un pas régulier, l'alpiniste entre rapidement dans un état de méditation et le rythme de sa foulée définit son mantra personnel. Pour moi, c'est comme une musique. et l'ascension se passe comme si de rien n'était.

Le mental devient parfois une question de survie. Après deux nuits passées à 7 700 mètres sur le Cho Oyu, l'un des 14 sommets du monde dépassant 8 000 mètres, et après un malaise à 7 900 mètres lors d'une tentative d'ascension, j'ai amorcé une descente qui fût un véritable cauchemar, enchaînant trébuchements et chutes. Alors que je n'étais qu'à une vingtaine de mètres de nos tentes du camp 1 qui était à une altitude de 6 000 mètres, j'aurais dû me sentir soulagé. Mais il restait une petite pente et une cinquantaine de pas à faire. Alors que les autres membres de l'expédition suivaient mes pas d'un air absent, eux-mêmes trop fatigués pour me prodiguer un quelconque encouragement, j'ai échafaudé une stratégie rocambolesque où chaque pas correspondait à une église ou une chapelle célèbre. Si des architectes de renom sont parvenus à bâtir ces églises, me suis-je dit, je peux faire le pas suivant ! Il m'a fallu cinquante églises pour faire les cinquante pas.


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